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Jeux de hasard et pauvreté : une vraie plaie sociale

Qui n’a pas déjà rêvé de gagner à la loterie? Ou calculé la longue liste de tout ce qu’il pourrait payer – ou rembourser – avec le gros lot de la semaine?

Très répandus dans toutes les couches de la société, les jeux de hasard ont récemment atteint des sommets de popularité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 1992 et 2009, les recettes des jeux administrés par l’État ont gonflé de 248 %, passant de 2,7 milliards à 13,8 milliards de dollars. Autre reflet de cette phénoménale croissance : pour la même période, le nombre de travailleurs du secteur des jeux de hasard a augmenté neuf fois plus rapidement que la moyenne de tous les autres secteurs. Et encore là, on ne parle que des jeux de hasard gérés par l’État...


LES PAUVRES NE JOUENT PAS PLUS, MAIS...

Riches ou pauvres, jeunes ou vieux, les Canadiens qui s’adonnent aux jeux de hasard sont issus de tous les milieux et ne répondent pas à un profil type. Par contre, les statistiques démontrent clairement que ces jeux font davantage de ravages dans les milieux défavorisés.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les pauvres ne jouent pas davantage que les riches. Au contraire : en 2009, 70 % des ménages canadiens ont joué à au moins un jeu de hasard. Pour les ménages gagnant moins de 20 000 $ après impôts, cette moyenne chute à 51 %. Les pauvres sont donc moins nombreux à jouer. Le problème n’est pas là.

Le problème, c’est que l’argent investi par les pauvres dans les jeux de hasard représente une bien plus grande part de leur budget, comparativement aux gens plus fortunés. Toujours en 2009, les ménages à faible revenu ont investi en moyenne 395 $ par année dans les jeux de hasard, comparativement à 390 $ pour les ménages qui engrangent des revenus entre 60 000 $ et 80 000 $, soit des revenus de trois à quatre fois supérieurs.

Concrètement, cela veut dire qu’une famille qui gagne 12 000 $ par année dépensera en moyenne 3,3 % de son revenu en jeux de hasard, comparativement à une famille avec un revenu de 70 000 $ qui n’y investit pas plus de 0,6 % de son revenu total.


LES PAUVRES, PLUS SOLLICITÉS?

Si le fait de jouer ou non demeure un choix personnel, certains dénoncent le fait que les quartiers pauvres hébergent davantage d’appareils de loterie vidéo. En effet, en 2006, des chercheurs de l’Université de Montréal ont démontré que dans les quartiers défavorisés, la distance à parcourir pour parvenir à un appareil de loterie vidéo est très souvent beaucoup plus courte que dans les quartiers riches. À titre d’exemple, 96 % des résidents du quartier Parc-Extension n’ont pas à marcher plus de 3 minutes pour se rendre à un appareil de loterie vidéo, comparativement à 13 % des habitants de Westmount.

Cette concentration des appareils de loterie vidéo dans les quartiers défavorisés choque de nombreuses personnes.En décembre 2010, le maire de l’arrondissement Le Plateau-Mont-Royal, à Montréal, a demandé à Loto-Québec de ne plus installer de nouveaux appareils dans son secteur, où le tiers de la population vit sous le seuil de la pauvreté.

Comment se fait-il que la répartition géographique des appareils de loterie vidéo soit aussi similaire à celle de la pauvreté? Pourquoi les pauvres consacrent-ils autant d’argent aux jeux de hasard? Est-il moral que Loto-Québec, une société d’État, investisse autant en publicité pour faire la promotion des jeux de hasard?

Si ces questions sont complexes et délicates, elles méritent toutefois réflexion, puisqu’au bout du compte, ce sont encore une fois les pauvres qui paient plus que leur part.


Sources :
Le jeu, les joueurs et les milliards », La Presse, 28 août 2010
Journal Forum (Université de Montréal), 8 septembre 2008

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