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Médecins et aide sociale : le malaise d’être à la fois juge et partie

L’aide de dernier recours prévoit une prestation de 592,08 $ par mois pour une personne seule apte à l’emploi. Une personne avec contraintes temporaires à l’emploi reçoit quant à elle 713,08 $ mensuellement, alors qu’une personne avec contraintes sévères touche 887,08 $ par mois. Si ces barèmes sont ceux en vigueur au Québec en 2010, une telle distinction entre prestataires aptes et inaptes est pratiquée dans toutes les provinces canadiennes. Ainsi, le montant de la prestation varie selon la catégorie dans laquelle le bénéficiaire se trouve.


ÉVALUATION DE L'ÉTAT DE SANTÉ DU BÉNÉFICIAIRE DE L'AIDE SOCIALE

C’est au médecin que revient la tâche d’évaluer l’état de santé du bénéficiaire d’aide sociale, évaluation qui permettra de juger si ce dernier est apte ou inapte au travail. Le médecin est conscient que la prestation de base n’est guère suffisante pour subvenir aux besoins d’un individu et que de laisser un patient dans cette situation aura des effets néfastes à court, moyen et long termes sur la santé de ce dernier.

En remplissant le certificat d’inaptitude à l’emploi, le médecin permet au patient de gagner près de 300 $ de plus mensuellement, une somme considérable pour une personne qui vit avec la prestation minimale d’aide sociale. Ce rôle place le médecin dans une position inconfortable qui risque de compromettre le lien souvent fragile qu’il entretient avec son patient. Le médecin devient l’unique personne qui permettra au bénéficiaire de recevoir le « petit » ou le « gros » chèque. Dans un contexte comme aujourd’hui où on fait face à une pénurie de médecins de famille, c’est souvent sans suivi et dans un court laps de temps que le médecin devra poser son diagnostic et remplir le certificat.


RÔLE DIFFICILE POUR UN MÉDECIN

Au cours des dernières années, plusieurs médecins se sont plaints de ce rôle particulier qu’on leur demande d’assumer seul. Plusieurs d’entre eux ont aussi décidé d’appuyer les actions du Front commun des personnes assistées sociales du Québec, qui demande d’abolir les catégories d’aide sociale. Cet organisme considère que, dans le système actuel, les gens ont intérêt à être malades et en invalidité. Le marché du travail est de plus en plus exigeant. Plusieurs personnes ne sont pas complètement inaptes, mais sont incapables de travailler dans le marché du travail actuel. Être inapte, ce n’est pas seulement avoir une jambe cassée ou être non-voyant; on peut souffrir de mésadaptation : faible éducation, analphabétisme, etc. Cela n’est pas pris en considération par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, il n’y a aucune case dans le formulaire d’inaptitude à l’emploi pour ces nombreux cas. Plusieurs personnes aux prises avec de légers problèmes de santé mentale ou physique sont jugées aptes au travail, mais, dans le contexte actuel, n’arrivent pas à trouver d’emploi.

Le Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations (CREMIS) a publié dans sa revue quelques articles sur le « malaise des médecins » : « L’aide sociale et le malaise des médecins : constats et propositions » (été 2008, vol. 1 no 2), « Appauvrissement et aide sociale : le malaise des médecins » (printemps 2008, vol. 1, no 1). Télécharger ces documents.


Pour en savoir plus : Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ)

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